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La courbe de Bradley,
outil de mesure de la culture d’entreprise

Les enjeux de la démarche de prévention santé et sécurité

 

La courbe de Bradley est généralement utilisée pour mesurer la culture “Santé Sécurité” au sein de l’entreprise. Rappelons tout d’abord les enjeux de la démarche.

 

L’obligation réglementaire

Pour un préventeur, le 1er enjeu sera de “protéger la santé physique et mentale des travailleurs” (Art. L 4121-1 du Code du Travail).

Cependant ce critère concerne également le dirigeant du fait de l’engagement de sa responsabilité : sa 1ère obligation étant de réaliser l’évaluation des risques professionnels dans le document unique (pour plus de détails, vous pouvez consulter l’article “à quoi sert le DUER ?”).

 

Le caractère financier

Nous le savons tous : “La sécurité n’a pas de prix mais elle a un coût”. Cet aspect est bien connu du chef d’entreprise, qui doit veiller également à la bonne santé financière de son établissement, tout en surveillant les autres indicateurs de performance : la qualité des produits, le respect des délais, l’amélioration des process…

La gestion des accidents du travail et des maladies professionnelles entraine des coûts directs (taux de cotisation AT/MP), suivis par les coûts indirects qui impactent toute l’organisation de l’entreprise (remplacements, formation, non qualité…), voir son image.

 

Le critère humain

“Si vous prenez soin de vos employés, ils prendront soin de votre entreprise” (Richard Branson).

Une étude menée en 2016 par le réseau Anact-Aract démontre que la qualité de vie au travail (QVT) est un levier de compétitivité. Mais la QVT est une démarche qui débute en 1er lieu par l’amélioration des conditions de travail et la prise en compte de la prévention au sein de l’organisme.

“L’amélioration de la QVT est un levier pour soutenir les politiques de montée en gamme des produits et services, de différenciation concurrentielle vis-à-vis des pays à faible coût de main d’œuvre, et pour prendre le virage de la révolution numérique.”

 

Evaluer la culture "Santé Sécurité" au sein de l'entreprise

 

La courbe de Bradley a été développée en 1994 par M. Vernon Bradley dans le groupe de recherche canadien Dupont. Elle permet de comprendre facilement les changements de mentalité et de comportement, nécessaires pour développer graduellement une culture “Santé Sécurité” entretenue continuellement.

Un peu d’histoire : l’ancêtre de la courbe de Bradley date de 1989, dans un ouvrage de Stephen R. Covey s’intitulant “The 7 Habits of Highly Effective People”, présentant le contexte de la progression d’une personne dans sa vie. Bradley a ensuite intégré ces notions à celle de la culture organisationnelle en “Santé Sécurité”.

Il est impossible de progresser d’un stade au suivant sans s’affranchir du précédent. C’est à dire, nous ne pouvons être à la fois dépendant et indépendant, pas plus que l’on ne peut être à la fois indépendant et interdépendant. Il s’agit là d’une logique pure et simple, basée sur le bon sens.

 

1. Stade réactif

L’entreprise se préoccupe peu de la prévention et donc les collaborateurs ne se sentent pas concernés. Les obligations réglementaires et des accidents constatés engagent certaines actions, dont l’efficacité n’est pas mesurée et parfois non menées à terme. Si un responsable sécurité a été désigné, son pouvoir de décision et son implication restent faible, avec peu d’implication de la part de la hiérarchie. Les salariés agissent plus par instinct et considèrent que les accidents sont inévitables : “Il faut faire attention en travaillant”. Objectif 0 AT = impensable !

Les conséquences : un désengagement progressif du personnel, pouvant entrainer des arrêts factices, une perte de solidarité, des incompréhensions pouvant aller jusqu’au conflit, accompagnés d’un nombre d’accidents et d’arrêts de maladie en progression.

 

2. Stade dépendant

La démarche “Santé Sécurité” est associée à l’obéissance. La Direction est un peu engagée et a mis en place des moyens matériels pour assurer la prévention, portée par un pilote responsable. L’évaluation des risques a permis de mettre en place un plan d’actions ciblées, des consignes et des procédures existent, une enquête est réalisée à chaque accident et les indicateurs sont suivis. Les salariés pensent que la démarche consiste à suivre les règles ordonnées par la hiérarchie : la sécurité s’il n’y a pas d’autres priorités… Le nombre d’accidents diminue et la Direction considère que la démarche pourrait être contrôlée « si seulement le personnel suivait les règles ». Objectif 0 AT = un rêve !

Les conséquences : les collaborateurs appliquent les procédures sous peine de sanctions, peu ou pas de participation active et encore moins d’engagement. Le pilote traite la sécurité par la veille réglementaire et selon les évènements, il est garant du respect des procédures.

 

3. Stade indépendant

Les collaborateurs “prennent la responsabilité par eux-mêmes” : ils prennent conscience des enjeux de la démarche et l’importance pour leur santé et leur sécurité, ainsi que la possibilité d’améliorer la situation par leurs propres actions. La politique est mise en œuvre sur la phase organisationnelle et managériale de la structure. 0 AT = l’objectif !

Les conséquences : les risques sont moindres et le nombre d’accidents est réduit. Cependant la démarche “Santé Sécurité” et la QVT ne doivent pas être pilotées au détriment de l’aspect économique. La pédagogie dans la communication, savoir dissocier l’urgent de l’important, remettre en perspective le groupe à défaut de l’individu sont les clés de la progression.

 

4. Stade interdépendant

Les salariés sont dans l’appropriation : ils deviennent tous acteurs de leur propre sécurité comme de celle de leurs collègues et ne prennent pas de risques. Ils appréhendent la sécurité comme une question collective et discutent activement ensemble pour comprendre leur point de vue : une véritable amélioration n’est possible que s’ils agissent comme un groupe et que l’absence totale d’accident est un objectif réalisable. 0 AT = une conviction !

Les conséquences : la démarche de prévention fait intégralement partie de la stratégie d’entreprise, avec une vision moyen et long terme, qui implique la fidélisation de ses collaborateurs. La performance de l’entreprise inclut celle de ses collaborateurs. Le management est participatif et donc la communication est ascendante comme descendante (et même transverse, notamment dans le partage de bonnes pratiques). L’engagement des salariés est naturel et inscrit dans le fonctionnement de l’entreprise : ils participent à l’amélioration continue du système, en terme de prévention comme concernant les process existants.

Le risque majeur à ce stade est l’essoufflement car la démarche nécessite d’être portée par l’ensemble des managers. De plus, si les objectifs économiques ne sont pas atteints ou les perspectives de l’entreprise délicates, cela peut également entrainer une fragilisation de la démarche. L’importance de communiquer et d’échanger sur le bon comme sur le moins bon, permet d’ouvrir la proposition de solutions et ainsi l’initiative collective.

 

La courbe de Bradley a donc un réel intérêt en entreprise pour agir sur les comportements non intentionnels et développer une culture commune intégrée à la stratégie de l’entreprise.

 

Un outil qui peut être utilisé pour évaluer toute démarche d'amélioration

 

Les enjeux humains de la démarche de prévention “Santé Sécurité”, comme les origines de cet outil (présentant le contexte de la progression d’une personne dans sa vie), peuvent tout à fait être appliqués à la politique QSE ou RSE ou encore à une stratégie de lean management (…), car les objectifs sont identiques : l’amélioration des performances de l’entreprise.

Si nous remplaçons le terme “accident” ci-dessus par incidents, anomalies, dysfonctionnements, non-conformité (…), force est de constater que les notions associées à la courbe de Bradley peuvent concerner l’avancement de toute démarche d’amélioration.

 

Pourquoi ?

 

Quels bénéfices ?

La mobilisation de tout le monde par des actions simples au départ, l’entretien de la motivation pour obtenir rapidement des résultats visibles par tous.

 

Quelle que soit la démarche, la méthode et les objectifs sont similaires : la courbe de Bradley peut donc être utilisée pour évaluer le niveau de maturité de la culture d’entreprise, pas uniquement dans le cadre de la prévention “Santé Sécurité”.